Fernand Flausch

Interview

Elizabeth Van Hammée : Peux-tu m’expliquer l’évolution de ton oeuvre depuis tes débuts? Fernand Flausch : Lente et rapide. Tout va trop vite, je découvre à peine ce que je suis en train de faire, sans me rendre compte d’où je vais aller. Alors que j’étais encore étudiant, Les évènements ont fait que j’ai été immergé dans un monde de galerie et d’expositions. J’ai été propulsé à la biennale de Sao Paulo, des triennales de dessin, tout simplement par des contacts et des gens qui avaient un certain pouvoir et qui appréciaient beaucoup mon travail, mais c’est une époque qui n’est plus la même que maintenant. C’était très amusant mais surtout très désemparant car je découvrais un univers que je ne comprenais pas vraiment, j’étais simplement content de pouvoir fonctionner, qu’on apprécie mon travail, ça m’a donné l’envie de continuer. Puis à un moment il y a une évolution, on retombe dans une certaine réalité et on essaie de continuer dans la même direction mais ce n’est pas possible et on découvre des choses tout à fait nouvelles et c’est là qu’on devient réellement adulte, ça m’est arrivé très tôt. C’est assez désarmant mais on découvre de nouvelles choses, on rencontre de nouvelles personnes, on voit le monde différemment, on s’entoure, on se crée un cercle qui nous aidera à développer notre travail car l’œuvre peut être considérée comme un travail. Ce cercle m’aider à travailler parce qu’on rêve ensemble, on construit, on crée des choses nouvelles, ça part un peu dans tous les sens mais il y a une essence fondamentale qui est la personne, qui a ses limites et ses désirs mais ne les connaît pas encore, ou du moins ne peut pas encore les exprimer, mais instinctivement la personne va continuer dans une direction. Fernand et moi c’est comme ça que ça c’est passé, il y a une dualité en fait : la vie, l’action et la réalité de la création. J’ai un potentiel créatif assez polyvalent, je n’ai pas vraiment de problèmes, mais les débuts sont difficiles, il faut tout mettre en place, tout réorganiser. Je me pose des questions vis-à-vis des autres. Je découvre plein d’autres choses qui m’influencent constamment et font évoluer mon propre travail. Dans le milieu de l’art, à partir de ce moment-là, tout va très vite, on n’est pas tout seul, on fait un échange d’idées. Le fait de rencontrer d’autres artistes fait évoluer le choix de mes travaux. Les choses changent, donc évoluent.

Oeuvre de Fernand Flausch

Quelles sont tes techniques? Quels matériaux utilises-tu? J’utilise tellement de techniques que je ne peux pas les décrire, je ne m’en souviens plus aussitôt que je m’en suis servi. J’utilise l’acrylique, la toile, le bois, le plexi, l’acier, les néons, le papier, je travaille dans les techniques mixtes. Je trouve réducteur de devoir peindre sur une toile et dessiner au crayon sur du papier. Je préfère donc ne pas en parler, tout en disant que c’est immense, je suis en train de découvrir un nouvel univers pictural et qui vont me donner un plaisir immense et étonner peut-être les autres si j’ai réussi dans ce sens là. Mais je suis quand même classique car je suis peintre et dessinateur. Par le dessin on prépare tous les projets possibles. Pour le moment je suis sur une série d’images numériques, c’est fabuleux, je vais les imprimer sur toile, je repeins dessus, je les réimprime sur d’autres supports, j’y inclus des lumières. Ca fait de moi un peintre et dessinateur pas si classique que ça. Je ne peux pas tout expliquer ni conclure car l’aventure n’est pas terminée.

Par quoi es-tu inspiré? Quels sont tes concepts? Les concepts sont très variés, il y a tellement d’inspirations, la vie est tellement compliquée. Tout va dans tous les sens, mais évidemment il y a des choses que je préfère, qui me ressemblent plus que d’autres. Je ne peux pas les expliquer. Rien de tel que de réaliser les choses que moi même je découvre en même temps. Expliquer les concepts c’est les voir réaliser, dès lors on se fait une histoire et les inspirations arrivent plus tard.

A quel courant artistique appartiens-tu? A cette époque ci, on ne peut pas vraiment appartenir à un courant, c’est comme la musique, ça part dans tous les sens. On a des influences multiples, et pour les jeunes c’est encore pire car ils n’ont pas connu l’époque ou les courants existaient encore réellement. Alors il y en a qui disent que c’est du néo-Pop Art, c’est plastique, c’est coloré alors disons Néo-Pop.

Quels artistes admires-tu? Il y en a tellement ! Je les aime tous ! Quand j’étais très jeune j’aimais beaucoup Rubens. Je trouvais que c’était un type marrant, il faisait des grosses bonnes femmes magnifiques, des lions que j’ai d’ailleurs copié quand j’étudiais aux Beaux-Arts à Liège. Les lions étaient fantastiques, je les dessinais au bord de l’étang près de chez moi, ça m’a fait découvrir la qualité et la puissance du dessin. Ensuite, vers 15 ans, j’ai rencontré de jeunes artistes, maintenant célèbres, qui m’ont expliqué ce qu’on ne racontait pas aux Beaux-Arts au cours de l’histoire de l’art : le Pop Art et le surréalisme. Je suis resté proche du Pop Art tout en aimant le surréalisme. J’admire Magritte, Max Ernst, les dadaïstes, Andy Warhol, mais aussi la musique pop. C’était tout nouveau et j’approchais d’un age où je devenais adulte, et grâce à ces influences j’ai découvert ce que j’aimais, bien qu’on n’avait pas beaucoup de moyens en Belgique. C’est avec d’autres artistes, notamment Jacques Charlier, que j’ai réellement appris ce qu’était le Pop Art. Moi j’étais assez mal compris donc je suis parti dans ma propre direction.

Venons-en au commerce de l’art, quand feras-tu une nouvelle exposition? Je n’ai pas de galeriste mais il y a des opportunités, je travaille avec des équipes, je dois seulement trouver les endroits qui me plaisent. Il y a des propositions, elles sont vastes, ça va de l’Europe à l’Asie en passant par les Etats-Unis, mais le problème c’est que je ne suis pas un grand participant.

Penses-tu que le commerce de l’art enlève l’âme de l’artiste ? Pas du tout !

Est-ce que tu penses que des artistes créent pour gagner de l’argent? Moi je ne suis pas marchand de pain, je n’ai rien à voir avec ce genre de choses, il y en a qui le font, ce sont eux que j’appelle les marchands de pain. Bien sûr les grands artistes sont d’extraordinaires hommes d’affaires, mais ils continuent à faire des créations inouïes, qui atteignent des prix fous. C’est une organisation, il faut des investisseurs, des galeristes pour diffuser, distribuer, ce sont les entreprises peut-être les plus importantes au monde car quelque part on brasse plus d’argent que dans une banque. Moi je fais ça par passion et par personnalité, l’argent est accessoire. Il faut être passionné et éviter de tout prendre trop au sérieux sinon on n’a plus la possibilité d’entrer dans son propre univers, de l’exprimer, on est confronté à un conseil d’administration qui sont les hommes d’affaires. Ça peut être intéressant dans certains cas, mais je ne suis pas persuadé que l’artiste fondamental soit fait pour le commerce.

Que penses-tu des collaborations entre les artistes et les marques de vêtements ou accessoires? C'est impeccable, amusant , c'est du bon marketing. La mode c'est comme l'Art, il est bien de faire association avec des artistes directement plutot que des agences (de graphismes,...), parfois trop sérieuse. Le plus efficace est "Ben" en écrivant en blanc sur des T-shirts, chaussettes, caleçons,...noirs. C'est un concept simple mais efficace. Vuitton qui a découvert l'artiste japonais Murakami, j'adore ! C'est plein d'humour et c'est un redoutable homme d'affaire. Keith Haring, qui lui, a commencé dans le métro et continué avec ses dessins sur des t-shirts, a même ouvert un shop. Ses graphs sont marrants. Je ne suis pas certains que les conséquences soient menées aux meilleures...mais cette manière de s'exprimer sur les baskets, t-shirts,... est une expression picturale et joyeuse, que ce soit par des petits artistes, des grands ou des graphistes.

Interview réalisé par Elizabeth Van Hammée - grande admiratrice - lors de ses études à l'Istituto Marangoni (FR), 2009.

Retourner à la page "Portrait"